Aného est une ville historique du Togo (Afrique de l’Ouest) située sur la côte (océan atlantique) à 50 kilomètres à l’Est de Lomé la capitale. Cette ville est menacée de disparition à cause du phénomène de l’érosion côtière. Depuis 1930, que la mer est devenue une réelle menace, la vie n’a plus le même goût à Aného.

Dans la nuit du samedi 10 juin au dimanche 11 juin, les populations de cette petite ville ont été envahies par l’eau de mer. La mer a débordé et envahi les champs, les maisons et la route. Heureusement, pas de perte en vie humaine, mais les champs ont été inondés par l’eau de mer et les habitations détruites. Ce n’est pas une première. En 2014, Kofi Ayao, un pêcheur de la ville prédisait ceci : Si des solutions idoines ne sont pas vite trouvées, il est fort possible qu’une nuit dans nos sommeils, nous nous retrouvions au fond de la mer. Le village Messancondji sera alors englouti de même que la route internationale Lomé-Cotonou.

Un coup de vague ronge la côte (Aného)

Cette alerte avait été confirmée par le Professeur Blim Adoté Blivi, océanographe, Expert de la Convention des Nations Unies sur les droits de la mer et Vice-président de la Commission océanographique. Selon cet expert, le phénomène est dû aux effets de réchauffement climatique, causant la fonte des glaciers et la hausse du niveau de la mer évaluée à 30 cm d’ici 2030 pour l’équivalent de 5 mètres d’avancée de l’océan vers la côte par an et de 10 mètre en périodes de forte pluviométrie comme c’est le cas récemment. L’érosion côtière est aujourd’hui la bête noire des populations de la ville d’Aného.

Le professeur Blim Adité Blivi explique après des études, la vitesse d’érosion de la côte togolaise par la baisse du volume sédimentaire. Avec la disparition du « Beach rock (un sédiment marin) », la mer ne génère plus du sable pour alimenter la côte. Elle vient plutôt en chercher, accélérant ainsi le phénomène d’érosion auquel nous assistons.

les champs et espaces environnants sous l’eau (11 juin 2017)
C’est tout le bas-Togo qui est menacé de disparition

Entre 1988 et 2012, six (6) villages ont été complètement avalés par la mer à Aného. Il s’agit des localités comme Gbétsogbé, Gbodjomé, Payimé, Kossi Agbavi et Doèvi Kopé. Les populations ont été déplacées, leurs exploitations perdues. Il y a même eu des pertes en vies humaines.

Aujourd’hui, d’autres localités comme Goumoukopé, Agbodrafo, Agbata, Gbodjomé, Avépozo et Apeyimé (près de la frontière entre le Togo et le Bénin) sont en danger, mais ce n’est pas tout. La capitale Lomé et les infrastructures portuaires sont menacées sans oublier que la route internationale qui lie Lomé à Cotonou (Capitale du Benin) est en sandwich entre le lac et la mer et risque d’être coupée.

«Le niveau de progression autour d’Aneho dans les casiers, nous avons 2 à 4 mètres. Vous-mêmes vous avez vu nos constats de 2013 et 2015. Dans les casiers, il y a un recul de 3 à 4 mètres. Ailleurs, 12 à 16 mètres par an. Le résultat global d’ici 10 ans, 15 ans, si on reste dans la logique de l’Union Africaine 2050, dans 35 ans, beaucoup de parties de cette ville vont partir » a indiqué le professeur.

la plage inondée (11 juin 2017)

Quelles solutions aux aléas dus aux changements climatiques ?

Devant ces pronostics embarrassants, il urge de prendre des mesures drastiques. L’expert des Nations Unies recommande de recharger la plage. La mer ne transporte plus de sédiments vers les côtes. Il faut maintenant aller chercher du sable en haute mer pour faire la compensation, c’est-à-dire charger les côtes et arrêter son avancée. Le professeur Blim Adité Blivi rassure qu’il y a des moyens techniques pour le faire ; mais à quel prix ?

Depuis 2010, le phénomène d’érosion côtière a été érigé en priorité dans la politique du gouvernement. S’en est suivi, le projet de construction de 72 épis (seulement 9 ont été construits) dans le cadre du Programme national d’investissement pour l’environnement et les ressources naturelles pour un coût de 3 milliards de F CFA (environ 6 millions de dollars US). La réalisation partielle de ce projet a permis de stabiliser 500 mètres des berges de l’embouchure du Lac-Togo.

D’autres mesures humaines comme l’interdiction de prélèvement du sable et du gravier marins ont été instituées. Mais ces mesures semblent insignifiantes puisque cela n’arrête pas l’avancée de la mer.

L’eau de mer envahit les agglomérations (11 juin 2017)
Des dépenses énormes, bien au-delà des moyens de pays pauvres pour contrer les effets du réchauffement.

Selon la Direction de l’Environnement au Togo, les effets du réchauffement climatiques tombent comme une injuste sentence de la nature sur les populations des pays pauvres et non pollueurs comme le Togo (très loin d’atteindre 1% de la pollution mondiale). Il est plus facile à un pays comme les USA (gros pollueur) de se remettre rapidement d’un raz de marée qu’au Togo de se remettre d’une petite inondation. Le pays a des priorités socio-économiques (écoles, hôpitaux, routes) et c’est une autre équation que de devoir consacrer de lourdes parties de leurs budgets pour financer l’adaptation aux changements climatiques.

Les côtes du Togo, du Ghana et du Bénin sont menacées de disparition. A cause des effets d’érosion. D’ici 2030, beaucoup d’investissements doivent être déployés en faveur des adaptations aux effets de réchauffement climatique. Il faut penser aux populations qui ne pourront plus vivre de la pêche, du maraîcher, et devront se trouver de nouvelles destinations de survie.

Alo Lemou

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