L’un des acteurs clés à la COP23 à Bonn est incontestablement le Fonds Vert Climat (FVC). L’argent est le nerf de la guerre dit-on, et l’accord de Paris bien averti de ce défi, a vite fait d’investir le FVC de la lourde responsabilité de contribuer à l’objectif de réduction du réchauffement en dessous de 2°C voire 1,5°C, en mobilisant les financements devant aider les économies faibles à se développer sans polluer
davantage. Visant prioritairement les petites Etats Insulaires en développement PIED, les Etats Africains et les pays en développement, le FEV s’est activé à financer les projets d’adaptation et de d’atténuation à hauteur de 50 :50 des fonds qui aura été mobilisé. De 2014 à nos jours, le FVC en a mobilisé 10,3 milliards de dollars US. Mais seulement 2,7 milliards de dollars US de financement ont été signé.

Et pourtant, l’un des objectifs majeurs des pays vulnérables aux changements climatiques est de pousser les négociations pour obtenir des grandes économies, un approvisionnement du FVC à hauteur de 100 milliards de dollars annuels. Cela permettra de financer la mise en œuvre de leurs contributions déterminées aux niveaux nationaux (CDN) et soutenir leurs projets d’adaptation. Une question se pose : pourquoi vouloir 100 milliards de dollars US par an alors que depuis 3 ans, les 10 milliards mobilisés ne sont pas encore absorbés ?

Des mécanismes de financement robustes

A la base, il faut être détenteur d’un projet compatible avec la ligne de financement du FVC. Au minimum, le projet doit s’inscrire dans la thématique d’atténuation des pollutions ou d’adaptation aux phénomènes de changements climatiques. Mais ; il y a le critère d’accréditation, un processus qui  donne à une entité qu’elle soit du niveau national étatique ou privé la capacité à traiter avec le FVC et soumettre des projets pour financement.

Pour ne pas succomber dans un vertige des chiffres publiés par le FVC, retenons seulement que depuis 2014 et sur les 10 milliards de dollars US mobilisés, seulement 600 millions de dollars sont actuellement décaissés pour des projets en cours. Donc, seulement 5,8% du fonds environ, sont réellement utilisés en 3 ans. Quand on considère que les actions de riposte doivent êtres urgentes vis-à-vis de la menace climatique, cette performance est insuffisante et pousse à se demander à quelle vitess ils seraient absorbés, si les financements atteignent le plafond de 100 milliards de dollars US par an.

«Il nous faut plutôt des projets solides, bien compatibles avec notre ligne de financement, mais aussi impactant sur la menace des changements climatiques» Nous a confié Michel Smith, responsable des communications du FVC à Bonn au stand de cette institution à la COP23.

L’apanage des grandes institutions internationales technocrates

Même si le FVC reste ouvert jusqu’aux détenteurs de micro-projets qui peuvent prétendre à un accès directe, la délicatesse et les enjeux liés à ce fonds compliquent la tâche dans les processus de

soumissions des projets et d’accréditation. Une chose est d’avoir une idée de projets ou de gérer une petite structure dans un pays pauvre quelque part dans le coin du monde, mais une autre est d’avoir le cran pour rédiger un projet fiable selon la perception d’une géante institution comme le FVC. Du coup, les institutions internationales comme l’AFD Agence Française de Développement, la Banque Africaine de Développement entre autres sont plus habileté. Même si à leur tour elles peuvent financer des projets dans la même ligne d’investissement, les exigences en termes de procédures ne varient pas assez. «Souvent, ces stratégies de financement sont élaborées par des organisations expatriées qui ne comprennent rien à la réalité locale» regrette Benedict Lebenoa du Fonds d’Investissement Environnemental en Namibie au cours d’un événement parallèle à la COP23.

Une faible couverture des pays cibles par un personnel très réduit

En 2016, le FVC disposait d’un personnel équivalent à 1 agent pour 100 pays au secrétariat. Cette année, les choses légèrement évolué 2-3 personnes pour 40 pays. Pas de bureaux régionaux ou sous régionaux laissant donc le reste du travail d’information et de formation aux entités accréditées. Selon les responsables du FVC, c’est dans le souci de minimiser les charges de fonctionnement. Une autre difficulté quand ce fonds se présente à la fois comme une institution pour contrer une crise humanitaire planétaire qu’est le changement climatique et aussi comme un financier qui doit veiller à une gestion méticuleuse des financements octroyés.

La barrière linguistique

Dans la salade de large thématiques (Adaptation et atténuation), des gros termes techniques et de lourds chiffres, le Fonds Vert Climat travaille exclusivement en anglais. C’est certes la première langue internationale, mais pas le mieux partagée surtout à travers des pays vulnérables aux effets des changements climatiques comme en Afrique francophone. A cet effet, un expert du Centre de Suivi Ecologique s’indigne «La langue est un problème majeur. Toutes les interactions avec le FVC se font en anglais et c’est un véritable problème pour les pays d’Afrique Francophone. Souvent, la langue ne permet pas d’accéder aux bonnes sources pour obtenir de l’aide financière».

C’est probablement en fonction des toutes ces difficultés que le FVC a mis en place la procédure d’accès simplifiée. Faut-il revoir sa méthodologie d’approche. De la nécessité de délocaliser les équipes du FVC et d’ouvrir des lignes de formation et d’information des acteurs de sorte à vulgariser les aptitudes à bancariser les idées de projets de développements durables se pose la nécessité de garder en vue le vrai objectif du fonds : aider les pays à se développer sans polluer.

Alo Lemou

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